Comment créer un cosmétique?

Une question revient souvent quand je suis sur les marchés : comment avez-vous eu toutes ses idées?

Ce n'est pas une question simple et les réponses sont multiples. Une idée vient rarement toute seule. Elle se nourrit de tout ce qui nous entoure, de ce qu'on entend, voit, ressent et sent. Bref tous les sens sont utiles surtout en savonnerie. Les étapes de la création d'un cosmétique ne sont pas linéaires avec un début imposé et une fin sur l'étalage. Le temps de réflexion peut varier de quelques jours à plusieurs mois, il en va de même pour les essais. A tout cela il faut ajouter la partie réglementaire qui se saupoudre un peu partout. En revanche ce qui ne dépend pas de nous c'est le temps de la validation par un professionnel avant la mise sur le marché.

Ici je ne parlerai pas de durée des étapes sauf celles imposées par la saponification.

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Les idées viennent avec l'envie de faire quelque chose. Il faut de la motivation et savoir que tout ne va pas aboutir à un résultat, et il ne faudra pas se désespérer. La base chez Biquette Savon c'est le bio avec des ingrédients sains et naturels. Parfois pour des raisons de chimie on est obligé de passer par le non bio en saponification car les produits n'existent que sous le forme non bio comme la soude et la potasse. En revanche il y a deux qualités de ces matières, j'utilise la plus "propre" sans filtrage au mercure. Dans le bio ou le conventionnel il y a parfois des nuances à rechercher afin de correspondre à ses valeurs.

Avec la multitude d'ingrédients possibles il y a de quoi s'amuser et tester. On peut commencer par la liste de ses envies en huiles végétales, couleurs, senteurs et après on vérifie si cela existe selon les critères de base choisis. On dégrossit le travail en recherchant tout un tas de renseignements. La bonne ou la mauvaise surprise c'est qu'on se rend compte de la multitude incroyable de possibilités. Il ne faut pas se laisser prendre par toutes ces envies il faut garder un pied sur terre. Par exemple on regarde les prix des matières premières, leur provenance, leur méthode d'obtention, la taille de l'entreprise qui le propose et les frais de port. Que se soit pour un usage professionnel ou pour soi-même cela peut vite avoir une incidence sur les choix, il faut rester raisonnable et ne pas s'enflammer et griller son budget.

Après ces recherches un peu décousues, on reprend sa grille de choix. Soyez certains qu'un bon nombre d'éléments seront éliminés. Il faut se reposer des questions simples : est ce que je le fais pour mon plaisir ou pour plaire à mes futurs clients dans le cadre professionnel? Est ce que chez un même fournisseur je pourrais commander plusieurs ingrédients pour réduire le coût? Est ce que plus de 3 huiles végétales c'est raisonnable?...

Que ce soit pour un savon à froid ou un autre cosmétique la réflexion sera la même. Dans le cas où on est certaine de son choix et que c'est le produit de son coeur, il faut rester pragmatique. Pour ce produit il faudra faire très attention au coût des matières et à la faisabilité en labo. Par exemple je pense à un savon graphique avec plusieurs couleurs, ou un marbrage spécial trop beau. Je me pose toute suite la question de la fabrication en grande quantité par rapport au temps de fabrication, à son moulage, à l'ordre d'ajout des couleurs dans le moule...Il faut se raisonner et envisager le scénario parfait et celui catastrophique où ça ne va pas comme on veut.

Pour l'instant l'imagination est prioritaire et ça fait du bien. On garde à l'esprit les coûts, la faisabilité et la réglementation arrive très vite!

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C'est fait les idées sont posées, c'est magnifique. Maintenant on regarde si chimiquement et qualitativement ça passe. Est ce que les couleurs choisies tiendront la chauffe de la saponification? Mes huiles feront-elles un savon suffisamment dur et donc durable? La salle de séchage est-elle au top du chauffage et de l'humidité? Tous ces paramètres physiques sont à prendre en compte car d'un labo à l'autre et d'une saison à l'autre cela peut varier et modifier le temps de séchage, l'aspect, la couleur du produit. La réglementation s'impose pour connaître les seuils d'utilisation des huiles essentielles, des colorants, des parfums ou les concentrations de plantes...bref tout ce qui entre en contact avec la peau a une législation. Si vous n'en trouvez pas il ne faut pas utiliser ces ingrédients. Ces recherches se font pour chaque ingrédient pour ne pas avoir à trop modifier sa recette après l'avis du toxicologue. Cela permet de gagner un peu de temps. Vous contatez les producteurs, les fournisseurs pour obtenir les renseignements sur la composition, la méthode d'obtention.

Pour se faire une idée et se faire plaisir on passe à la phase d'expérimentation. On enfile ses gants et sa blouse et hop fabrication en petit lot pour commencer! On passe de la formule papier à la réalisation. On suit sa recette et le principe de base de la saponification ou autre méthode pour les cosmétiques (macération, émulsion...) Parfois tout roule et bing du 1er coup c'est parfait! Mais parfois ça loupe ou un truc cloche dans le process de fabrication les températures nous jouent des tours ou certains ingrédients ne s'incorporent pas comme on avait prévu. Pas de panique il faut tout noter et étiqueter ses échantillons pour avoir des traces de ses erreurs. Cela va aider à ne pas les refaire et à améliorer la qualité du produit qui doit être constante.

On a un objectif précis, il ne faut pas le lâcher. On ajuste sa recette on prend des notes et on patiente pour le séchage des savons. Après la cure en saponification à froid on refait l'essai grandeur nature et on repatiente. Pour les autres cosmétiques on passe à l'utilisation sur nos humains préférés. On se dit toujours que notre famille ou nos amis vont être objectifs, mais non pas du tout la plupart disent "j'aime bien" "c'est sympa" "oui pourquoi pas". Donc on n'avance pas trop. Lorsqu'on le peut on en parle avec des collègues savonniers ou des formateurs. Il peut arriver qu'on ait déjà une clientèle à qui on peut demander de tester pour avoir un regard extérieur. Pour se faire il faut bien informer ces personnes sur les ingrédients et nos attentes sur le produit. Il faut déjà avoir bien potassé les textes réglementaires pour s'assurer que la formule est sans risque ou s'il y a des contre-indications.

Après un temps qui semble toujours trop long on approche de la validation. On reprend un temps de réflexion et on vérifie les détails. Coûts, faisabilité, temps entre la fabrication et la vente, rétroplanning si la nouveauté doit sortir à une date précise...On a calé les visuels des étiquettes, les emballages et toute la documentation légale pendant cette période d'attente. On est prêt!

 

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On y est presque, passage obligé par la validation du toxicologue! Deux choix s'offrent  à nous pour la validation : on a déjà un toxicologue ou on veut essayer un autre toxicologue ce qui revient au même que on n'a pas de toxicologue.

Quand on a confiance en une entreprise ou une personne, que le prix est correct, il n'est pas interdit de demander des devis à d'autres. La demande de devis permet souvent de se rendre compte de la rapidité ou non de traitement de la demande et du sérieux du devis présenté. Il ne suffit pas de 2 lignes : "formule tant d'€, coût total TTC, merci payable d'avance". Il faut poser des questions simples mais super importantes : quel délai pour obtenir le DIP? Y-a-t-il un suivi réglementaire? Si besoin de faire un changement combien ça coûte? Quels documents faut-il? Qui fait quoi, partie A?

Pour ma part j'ai travaillé avec 4 toxicologues en 8 ans, j'ai changé selon les produits à faire valider. J'ai eu beaucoup de différence entre un très cher mais ultra efficace et des DIP très détaillés contre 8 mois d'attente pour un DIP tout simple, ils avaient perdu le dossier et ils ont arrêté l'activité! Petit conseil supplémentaire, relisait bien le DIP il y a beaucoup de choses intéressantes. Tout le processus de création se concrétise enfin après un travail incroyable mais valorisant et enrichissant. Chacun ses envies et ses coups de coeur pour un ingrédient. On peut partir d'une matière, d'une senteur, du rejet d'un produit, tout est possible.

 

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Ce petit aperçu des aléas de la création est je pense valable dans les grandes lignes pour d'autres secteurs d'activité. Il est important d'être réactif et prêt à l'imprévu dans toutes les étapes de création. 

L'artisanat c'est entreprendre pour faire vivre son entreprise. On ne s'improvise par entrepreneur mais on apprend tout au long de son activité. Les nouveautés nous font progresser, les changements de réglementations aussi. Il faut toujours garder l'esprit ouvert et les oreilles aussi. On est là pour se faire plaisir mais aussi pour vivre de notre travail tout en conservant une ligne directrice pour une cohérence dans la gamme crée. Pour Biquette Savon c'est le lait de chèvre et l'auto production de certaines matières premières, au moins une dans chaque produit.

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